Développement du tourisme médical : vers un débat houleux en France

Posté le 13 août 2015 par cgt56chba dans Non classé

En plein essor au niveau mondial, le tourisme médical est encore peu développé en France. Fin juillet, le gouvernement a promis des mesures pour « la fin de l’année ». Mais, comme l’explique « La Croix » ce mercredi, certains hôpitaux publics restent réticents.

La France veut développer son tourisme médical et peut s'appuyer sur des prix attractifs .
La France veut développer son tourisme médical et peut s’appuyer sur des prix attractifs (photo d’illustration). ( AFP Photo/Archives / ALAIN JULIEN / PIG )

Malgré des prix attractifs, la France est à la traîne sur le marché du tourisme médical. Israël, la Turquie, l’Inde ou encore l’Allemagne se sont lancés depuis plusieurs années dans l’accueil des patients étrangers. Le secteur est pourtant très prometteur en termes de retombées économiques et de créations d’emploi. Selon un rapport de l’économiste Jean de Kervasdoué, publié en février 2015, le développement de ce marché pourrait générer en France un chiffre d’affaires supplémentaire de 2 milliards d’euros en cinq ans. Avec à la clé, selon lui, la création de 25.000 à 30.000 emplois.

Une étude publiée en mars 2015 par France Stratégie explique quant à elle que le nombre de patients soignés l’étranger a doublé en cinq ans à l’échelle de planète, passant de 7,5 millions de personnes en 2007 à 16 millions en 2012.

Le vendredi 31 juillet, Marisol Touraine et Laurent Fabius ont eux annoncé des mesures visant à développer ce tourisme bien spécifique. Ces dernières doivent être mises en œuvre « d’ici la fin de l’année » et comporteront, selon les deux ministres, des allègements administratifs pour l’accueil de médecins et de patients étrangers. La « visibilité internationale » de l’offre de soins française sera également renforcée via la publication d’une brochure et d’un portail internet.

Parmi les allègements administratifs, la durée maximale des stages d’observation de médecins étrangers sera portée de un à trois mois. Les conditions et modalités d’accueil des médecins étrangers en formation spécialisée en France (« fellowship ») feront quant à eux l’objet d’une « refonte ». Un « compte spécifique de recettes » sera par ailleurs créé au 1er janvier 2016 pour les établissements de santé, permettant un « suivi statistique ».

Mais la volonté du gouvernement se confronte aux réticences de l’hôpital public. « Il y a encore pas mal de résistances au sein de nos hôpitaux », confirme Alain Deloche, professeur de chirurgie cardiaque et co-fondateur de Médecins du Monde, à « La Croix ». « Je me souviens qu’au début des années 2000, à l’ouverture de l’hôpital Pompidou, on avait souhaité monter une structure pour accueillir ces patients VIP. Mais cela n’a jamais pu se faire », ajoute-t-il.

« Il y a encore une certaine forme d’arrogance dans les hôpitaux français, qui sont tellement persuadés d’être les meilleurs qu’ils ne font guère d’efforts pour accueillir ces patients », affirme au quotidien catholique le docteur Stéphane de Buren, fondateur de Novacorpus, société suisse spécialisée dans le tourisme médical.

Certains hôpitaux ont pourtant déjà franchi le Rubicon : l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) a notamment créé une structure dédiée en 2012, spécialisée dans la chirurgie orthopédique. L’Institut Gustave-Roussy, basé à Villejuif (Val-de-Marne) et spécialisé dans le cancer, a lui noué dès 2008 des coopérations avec certains pays du Golfe (Koweït, Arabie saoudite, Émirats arabes unis), mais aussi l’Algérie et le Kazakhstan, rappelle « La Croix ».

« Les étrangers permettent de recueillir 18 millions d’euros par an sur un budget total de 332 millions d’euros », note le directeur général adjoint de l’Institut, Charles Guépratte. « Chez nous, aucun médecin ne pratique de dépassement d’honoraires. Du coup, la consultation de base est à 28 euros. Pour les patients internationaux, on la facture à 50 euros », poursuit-il. « Quand ils découvrent ce tarif, certains ont du mal à se convaincre qu’ils viennent d’être reçus par un médecin ayant une renommée mondiale dans tel ou tel cancer », ironise-t-il. « Aux États-Unis, la même consultation c’est minimum 1.000 (près de 900 euros) ». « Chez nous, les patients étrangers qui viennent en dehors des accords de coopérations avec nos pays partenaires paient 80% du devis avant la délivrance des soins », ajoute-t-il.

L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) souhaite également prendre sa part du gâteau et se fixe la même précaution. Elle applique également depuis 2013 des majorations de 30% sur ses tarifs pour les patients résidant à l’étranger (hors urgences, aide médicale d’état, interventions humanitaires et accords internationaux avec les caisses de sécurité sociale des pays d’origine). Une surfacturation qui a rapporté 10 millions d’euros aux Hôpitaux de Paris en 2014.

Mais la question des avantages offerts à ces patients restent sensibles et d’actualité. Un document interne à l’AP-HP, révélé en juillet, avait chiffré à près de 120 millions d’euros les sommes non recouvrées par les hôpitaux publics parisiens auprès des patients résidant à l’étranger (français ou non). Parmi les pays les plus redevables, l’Algérie arrive en tête, avec 31,6 millions d’euros, suivie du Maroc (11 millions), des États-Unis (5,7 millions), de la Belgique (4,9 millions), de la Tunisie (4,7 millions) et de l’Italie (4,1 millions).

La dette de l’Arabie saoudite (3,7 millions d’euros) – pointée du doigt début août par le médecin urgentiste et chroniqueur Patrick Pelloux – a également suscitée une vive polémique. En mai 2014, un prince saoudien avait notamment réservé 9 chambres (payées 30% plus cher) de l’hôpital Ambroise-Paré à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) pour une opération de chirurgie orthopédique. De nombreuses voix avaient alors fustigées le risque d’une médecine à deux vitesses.

« Aujourd’hui, il faut qu’on sorte des conservatismes et que nos hôpitaux se donnent les moyens de le faire, explique à « La Croix » le professeur Guy Vallancien, chirurgien à l’hôpital Montsouris à Paris. « Cela apporte des recettes supplémentaires et permet d’améliorer les soins de tous les patients ». Et d’ajouter : « Cela passe par des prestations de qualité supérieure. Il n’est pas scandaleux de proposer des chambres qui, sans être luxueuses, offrent le confort exigé par cette clientèle ».

Un Commentaire le “Développement du tourisme médical : vers un débat houleux en France”

  1. Le Rohellec Denis

    Une des questions à se poser est de savoir quand sera soigné le patient ordinaire, relevant de régime de l’Assurance Maladie?
    Si les délais pour obtenir un RDV sont déjà de plusieurs mois, qu’adviendra t’il ensuite?
    Les établissements seront tentés de réserver des créneaux de CS ou au Bloc aux patients étrangers payant un dépassement d’honoraire pour améliorer leur fameux EPRD !
    Nous ne serons plus dans la Médecine à 2 vitesse, mais à 3 vitesses ?

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